Page 23 - Histoire de Chalon-sur-Saône
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Environ 300 tombes à incinération, disposées sur 3 niveaux dont 2 de remblai en bordure de la voie, ont ainsi pu être étudiées. Les cendres des défunts, déposées dans de petites fosses ou renfermées dans des urnes en terre ou en verre, étaient accompagnées d’offrandes abondantes, souvent brûlées : vases en céramique fine, flacons en verre, monnaies et fibules en bronze, lampes à huile et statuettes en terre. Seuls quelques rares nouveaux- nés, dont les ossements reposaient sous la protection d’une simple tuile, avaient échappé à la combustion. Rappelons la découverte à quelques centaines de mètres de là, en 1856, du célèbre groupe en pierre dit du « lion terrassant un gladiateur » (voir hors-texte) qui passe à juste titre pour l’une des œuvres majeures des collections archéologiques du Musée Denon. Cette imposante sculpture n’est plus considérée, comme au moment de sa découverte, comme un élément décoratif provenant d’un hypothétique amphithéâtre qui pourrait toutefois avoir existé aux environs, mais bien comme un symbole en relation avec la mort. Si l’on ne peut en aucun cas voir là un simple monument funéraire du fait de l’infamie liée, dans l’Antiquité, à la fonction de gladiateur, on peut néanmoins y voir une représentation imagée de la lutte de l’homme contre la mort.
Nous sommes aujourd’hui en mesure de nous faire une idée approximative de l’étendue de la ville du Haut-Empire. Construite sur plan orthogonal classique, canevas que nous retrouvons dans l’examen du tracé des rues de la vieille ville, elle présentait une extension vers l’ouest, le long de la voie d’Autun, une autre vers l’est, en direction de Saint-Jean-des-Vignes. L’emplacement des monuments officiels, forum, thermes, théâtre, voire même amphitéâtre demeure toutefois totalement inconnu. La découverte, en 1733, rue Saint-Georges, d’un bloc de marbre blanc finement sculpé et attribué par L. Armand-Calliat à la période augustéenne (Armand-Calliat 1962), a fait écrire à ce dernier que Chalon possédait alors des monuments dignes de ceux de Lyon, affirmation quelque peu téméraire dont nous laisserons l’entière responsabilité à son auteur...
Plus intéressantes sont les trouvailles de la rue de Thiard. Là, une quinzaine de blocs sculptés en remploi dans les fondations de la « haute enceinte », ont pu être extraits. Ils appartiennent à des fragments de pilastres, de frise et de corniche datés par L. Armand-Calliat du début du IIIe siècle, mais qu’il semble difficile de rapporter à un monument unique. Au même endroit fut recueilli un bloc historié, avec traces de peinture bleu-vert et rouge, sur lequel on aperçoit un monstre marin accompagné d’un Amour. Les spécialistes voient là un fragment de frise représentant les noces de Neptune et d’Amphitrite. Recueillies place de Beaune en 1874, deux inscriptions monumentales dédiées l’une à Mercure, l’autre à Hercule, pourraient provenir d’un temple dont l’emplacement n’a pu être localisé.
Aux alentours immédiats de l’église de Saint-Jean-des-Vignes, des trouvailles fortuites ainsi que des fouilles organisées par la Société d’Histoire et d’Archéologie en 1855-56, ont permis de dégager, outre plusieurs stèles funéraires, de nombreux vestiges se rapportant à un ou plusieurs sanctuaires. Signalons notamment deux stèles ainsi qu’un autel votif dédiés à Mercure, une statue d’Hercule et une statuette de déesse-mère, mêlés à des blocs architecturaux. Une autre représentation de Mercure également découverte à Saint-Jean-des-Vignes, a elle aussi été donnée au musée.
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